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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 11:54

Les travaux de rénovation de la gare Saint-Lazare, qui semblaient interminables, sont à peu près achevés. Je visite l’endroit en essayant de me souvenir de ce qui s’y trouvait avant, de ce qui y a changé, mais c’est assez difficile, non seulement parce que j’ai une mauvaise mémoire mais aussi parce que le remodelage d’un lieu fait oublier ce qu’il a été : on s’adapte rapidement au nouvel environnement jusqu’à chasser presque tout souvenir de l’ancien. Je remarque personnellement que c’est en rêve qu’il peut m’arriver de retrouver des lieux qui n’existent plus. (Article prélevé sur "le dernier blog")

Sans surprise, la galerie des marchands ou la salle des pas perdus sont à présent beaucoup plus lumineuses et (c’est un minimum) plus propres qu’autrefois. Les accès au métro ne se font plus à la sortie des quais, droit au but, mais depuis des séries d’escalators orientés dans la longueur de la salle des pas perdus, qui forcent le voyageur pressé à faire des détours latéraux apparemment sans logique. Cette nouvelle disposition des accès ne fluidifie pas tellement la circulation, au contraire, mais libère une surface importante, autrefois encombrée par de grands escaliers, pour la galerie des marchands, qui est devenue un véritable centre commercial. La masse n’est plus vomie depuis le train vers le métro, elle est forcée d’effectuer au compte-gouttes (sauf valises encombrantes, deux personnes peuvent tenir dans la largeur d’un escalator) tout un trajet qui rappelle un jeu de billes dont on aurait planifié la circulation dans le but de la ralentir plutôt que de la rendre efficace. Je soupçonne les détours imposés par le circuit des escalators de servir, aussi, à imposer aux voyageurs de passer devant un maximum d’enseignes lors de son accès vers les couloirs du métro.
Et des enseignes, il y en a, et ce ne sont plus du tout les enseignes historiques. L’impayable Snack Saint-Lazare où l’on engloutissait son croque-monsieur en vitesse s’est par exemple transformé en Tazio-Soi-Beaudevin un « restaurant du monde » (marque déposée) : cuisine italienne, cuisine asiatique et cuisine française, qui appartient en fait à une seule société, Autogrill. L’autre brasserie est devenue un Starbucks Coffee (et on trouve un autre Starbucks deux étages plus bas). Les enseignes « pains à la ligne » (toujours Autogrill) et « la croissanterie » remplacent la boulangerie-pâtisserie familiale qui affichait fièrement sa présence dans la gare depuis les années 1930.

À l’exception d’une cordonnerie, les boutiques pittoresques — bricolage, jouets — ont été remplacées par des enseignes multinationales du vêtement, de l’alimentation, des accessoires, des loisirs. Le bureau de poste a disparu, mais on trouve à présent des automates bancaires BNP Paribas partout. Le salon de coiffure Joffo, institution très locale (les salons du coiffeur et écrivain Joseph Joffo sont situés dans un périmètre plutôt serré autour de la gare Saint-Lazare), est remplacé par des salons de beauté de sociétés internationales. Les franchises sont en tout cas devenues la règle, et la plupart appartiennent à des groupes de centaines ou de milliers de boutiques dans le monde : Lacoste, Esprit, Muji, Promod, etc. En face de la gare Saint-Lazare, passage du Havre, on trouve les mêmes boutiques, ou des boutiques appartenant aux mêmes groupes, ou parfois, avec une fausse apparence d’abondance, des marques différentes détenues par les mêmes groupes. En fait, un assez petit nombre de marques et de groupes d’investissement se partage toute une zone et en fait peu à peu fuir les commerces indépendants, que j’imagine incapables de résister à l’augmentation des loyers au moment des renouvellements de baux commerciaux — c’est cette raison qui a été annoncée pour la fermeture de nombreux commerces historiques en tout cas. Il y a vingt ans on trouvait dans le quartier des Saint-Lazare plusieurs excellents disquaires  et plusieurs véritables librairies, remplacés à présent par une Fnac et un Virgin, où on vend surtout ce qui se vend déjà, à savoir les produits culturels soutenus par un marketing d’enfer. On a l’impression d’assister à une partie de jeu de stratégie où l’important n’est pas tant d’avoir une boutique qui a du succès que d’occuper la place pour empêcher d’autres d’exister, et surtout, pour se débarrasser définitivement des boutiques familiales, économiquement négligeable mais dont le fonctionnement échappe aux règles communes aux enseignes internationales qui, en apparence, sont concurrentes, mais qui s’entendent généralement bien lorsqu’il s’agit de se racheter les unes et les autres, ou d’avoir des actionnaires en commun. L’ensemble est géré par Ségécé, du groupe Klépierre, énorme société d’investissement immobilier contrôlée à 50% par BNP Paribas, si j’ai bien suivi.

Le monument aux morts devant lequel j’avais l’habitude de donner rendez-vous me semble avoir rapetissé — mais peut-être ma mémoire de ses dimensions me joue-t-elle des tours, ce qui serait assez ironique pour un lieu dédié au souvenir — et a été déplacé, occupant à présent le dernier pilier en front de quai sur lequel il n’y a pas de panneau Numériflash. L’endroit où il se situait autrefois est devenu un Monoprix. En face de ce Monoprix, mais deux niveaux plus bas, on trouve un « Carefour city marché » : deux supérettes, donc. J’ai tenté de compter les panneaux Numériflash de la gare : il y en a plus de soixante-dix, et on sent qu’il a sans doute été difficile de tous les caser tant ils donnent une impression d’encombrement. Il y en a même sur les cabines photomaton. Les kiosques Relay1 ont aussi, dans leurs vitrines, des écrans publicitaires.
En voyant tous ces écrans, je ne suis pas seulement embêté par leur agressivité lumineuse, je pense à deux choses. La première, c’est ce qu’ils remplacent : je me rappelle d’un grand nombre de fontaines publiques, notamment, mais aussi de panneaux ou de vitrines publicitaires permanentes pour des petits commerces ou des artisans. Par exemple une petite vitrine montrant les réalisations d’un réparateur de meubles situé à deux rues de là, avec un petit plan, ou d’un réparateur d’instruments de musique. En consultant les tarifs de Metrobus pour les panneaux Numériflash, on constate que leur modèle économique n’est viable que pour de très gros budgets publicitaires. Par exemple dans le métro, il faut réserver 50 afficheurs au minimum pendant une semaine, ou tous les afficheurs du réseau pour une journée, pour des dizaines de milliers d’euros au minimum, auxquels s’ajoutent chaque fois des milliers d’euros de frais de mise en route.

On sent qu’il a été difficile de décider où caser les derniers panneaux Numériflash, avec ce genre d'accumulation absurde...

La seconde chose qui me chagrine, c’est la facture énergétique. En effet, une affiche ne dépense pas d’électricité, tandis que soixante-dix écrans de 160 x 90 cm consommant quelque chose comme 800 ou 1000 watts, associés au système informatique qui les fait tourner et qui consomme aussi du courant, ça doit faire une belle facture annuelle d’électricité. Tous les horaires des trains sont aussi, à présent, des écrans allumés en permanence : il n’existe plus d’écran mécanique qui ne consommait d’électricité qu’au moment où il changeait d’état. On peut penser que la France aura du mal à sortir de sa dépendance à l’énergie nucléaire, mais si elle se couvre d’écrans plus ou moins inutiles2, ce n’est pas près de s’arranger.

Les totems interactifs d'information de la gare Saint-Lazare servent à... trouver les boutiques

En tout cas, les écrans Numériflash doivent être rentables, car la société Publicis, qui possède les deux tiers de Metrobus, se porte particulièrement bien : Élisabeth Badinter, qui possède 10% du groupe Publicis (fondé par son père Marcel Bleustein-Blanchet), vient d’entrer dans le classement Forbes de plus grandes fortunes du monde (vers la 400e place), ce qui est assez inhabituel dans le petit monde des philosophes dix-huitiémistes3 et quand à Maurice Lévy, le PDG de Publicis, on a pu voir cette semaine ses employés pétitionner « sur la base du volontariat » pour que leur patron perçoive une prime de seize millions d’euros, malgré le contexte de crise qui rend ce genre de somme indécente.

Au sujet de ce bonus de seize millions d’euros, je dois dire que je suis assez indifférent, je me moque qu’il y ait des gens très riches sur terre, je suis plus embêté en pensant qu’il y a des gens qui n’ont rien, mais dans l’émission Ce soir ou jamais de mardi dernier, j’ai été un peu choqué par les propos d’un dénommé Mathieu Laine, juriste et philosophe du libéralisme, pour qui Maurice Lévy méritait absolument ses revenus, et qui a répondu « oui oui » lorsqu’un invité lui a demandé si celui qui gagne seize millions d’euros vaut seize mille fois celui qui ne gagne que le Smic. Cet ahuri est typique de la pensée libérale qui suppose qu’une personne riche fait vivre des centaines de personnes moins riches (c’est souvent vrai, et c’est une grosse responsabilité que de piloter une entreprise, mais il est aussi vrai qu’il faut des pauvres pour faire des riches, enfin passons), qui nie les observations sociologiques — qui démontrent qu’un bon héritage, un sens de l’intrigue, une absence de morale ou quelques coups de chance extraordinaires font plus pour une carrière que le mérite ou le talent4 —, et pire que tout, qui place la valeur de chacun sur une échelle numérique pseudo-objective, celle de l’argent. Or tout le monde n’a pas forcément les mêmes ambitions : si chacun a besoin d’un peu de confort, beaucoup de gens ne sauraient pas vraiment quoi faire de seize millions d’euros, ou d’un milliard. Et est-ce normal qu’une personne ait vingt maisons qu’il n’habite pas quand d’autres personnes souffrent pour se loger ? Les enthousiastes de l’ultra-libéralisme économique qui considèrent le capitalisme sans frein comme quelque chose de « naturel » oublient que la jungle n’est justement pas « la loi de la jungle » : aucun animal ne réclame pour lui-même un territoire plus grand que ses besoins ni n’accumule de la nourriture (ou quoi que ce soit d’autre) pour ne rien en faire qu’en priver les autres. Aucun animal n’exploite ses semblables en s’accaparant exclusivement le fruit du travail de ceux qu’il dirige, ou du moins, ce genre de choses n’existe que selon des règles précises propres à chaque espèce.

Je peux être admiratif d’un entrepreneur qui change nos vies avec une secteur industriel, un modèle commercial, mais j’ai plus de mal à admirer un publicitaire, qui agit plutôt en parasite qu’autre chose, et je remarque aussi que les grandes fortunes sont avant tout employées à se maintenir, à s’auto-entretenir, à occuper la place tout comme les enseignes citées plus haut font tout pour empêcher les petits poissons d’exister parmi les gros. Et ce n’est pas tout, je crois en fait que les gens les plus utiles au fonctionnement de la société, utiles au sens où l’on ne saurait s’en passer, ce sont justement ceux qui sont le plus mal rémunérés. Que Maurice Lévy se mette en grève pendant un an, et personne ne s’en rendra compte. On remarquera plus rapidement la disparition de la personne qui nettoie ses toilettes, qui ramasse ses poubelles, qui rétablit le courant électrique pendant une tempête ou qui affronte les fuites d’eau radioactive des centrales nucléaires qui alimentent ses écrans publicitaires. Mais c’est justement parce que ces personnes sont utiles qu’elles sont mal payées5 et brimées : il ne faut pas qu’elles aient le loisir de réfléchir à leur condition, et rien de mieux que l’état de survie pour ne pas être capable de réfléchir.

Cette semaine, en face de la gare Saint-Lazare, l’entrée de la Fnac était bloquée par ses propres employés, qui reprochent à leur patron François-Henri Pinault, de gagner particulièrement bien sa vie sur le dos de ses salariés et de leur bien-être : salaires bradés, dimanches sacrifiés, horaires décalés, temps partiel imposé,... (je reprends l'affichette de l'intersindicale)

Tout ça a un rapport. La SNCF a été un grand service public, comme EDF ou La Poste, et les Français ont investi dedans pendant des décennies. Aujourd’hui, sous prétexte de fluidité économique ou de respect des normes de concurrence européenne ou mondiale, elle leur est confisquée, ses bénéfices deviennent discrètement privés par le biais de montages et de contrats dont l’intérêt du public semble être le dernier souci. Je me demande aussi combien d’emplois de guichetiers ont été supprimés avec le réaménagement de la gare et la multiplication des automates6. Ce pays change beaucoup, et il me semble que le réaménagement de la gare Saint-Lazare le laisse assez bien paraître.

 

Sans surprise, ils ralentissent considérablement la circulation des voyageurs, de par leur orientation sans grande logique, et bien sûr, de par leur étroitesse, puisqu’un escalator accueille environ une personne et demie dans sa largeur et qu’ils sont rapidement encombrés.

Je suppose que le contrat avec Metrobus impliquait le placement d’un nombre précis de panneaux Numériflash, parce que ces derniers sont parfois posés n’importe comment, par exemple sur les cabines de Photomaton et les distributeurs Selecta.

J’ai eu, pour finir, une grosse surprise en découvrant qu’une des sorties historiques de la gare Saint-Lazare avait disparu. La sortie qui permettait de sortir directement sur la rue d’Amsterdam par un escalier a été purement et simplement supprimée.

Je n’ai pas de photographie qui montre l’endroit tel qu’il était auparavant, mais à présent, pour sortir de ce côté-là, il est obligatoire de passer par la galerie marchande.
C’était pourtant un excellent accès pour atteindre rapidement les voies grandes lignes depuis les couloirs du métro et depuis la rue.

L’image ci-dessus, prise sur Google Street View, montre la sortie Cour du Havre (source Street View) au début des travaux. Ainsi qu’on peut le voir sur l’instantané, cet accès était très employé.

  1. Les Relay sont les descendants directs des kiosques Hachette, en contrat de quasi-monopole avec la SNCF depuis plus de cent-cinquante ans. On trouve aussi des librairies Payot dans certaines gares, mais celles-ci appartiennent aussi au groupe Lagardère.
  2. N’oublions pas tous les écrans d’information que l’on n’a pas le courage d’éteindre même lorsqu’ils n’ont rien à dire et sur lesquels est juste écrit « ce dispositif est momentanément hors service » ou « les employés de ligne 14 vous souhaitent une bonne journé ».
  3. Élisabeth Badinter a écrit un livre intitulé Le Conflit : la femme, la mère, pour dire que l’allaitement naturel ramenait les femmes au foyer et (elle l’a dit dans plusieurs interviews) à l’état de guenon, mais on pourrait publier Le conflit d’interêt : Élisabeth Badinter et Publicis, si on veut bien se rappeler que Publicis a le budget Nestlé, multinationale à la philanthropie mesurée, dont je suis sûr qu’elle nous vendrait l’air que l’on respire si c’était techniquement possible  et qui est en tout cas le premier bénéficiaire de toute campagne contre l’allaitement maternel.
  4. Je pourrais citer en exemple Serge Dassault, 96e fortune mondiale, qui a hérité de l’entreprise qu’il dirige, qui vit de l’argent public français, de la guerre, et même de la corruption (ce n’est pas moi qui le dit mais la justice belge notamment), et qui trouve que le modèle social chinois serait préférable au modèle social français… Est-ce qu’il existe une personne au monde pour imaginer que ce type a un « mérite » quelconque ?
  5. J’ai appris que certains métiers devenus fondamentaux dans la société actuelle — nettoyage, construction et gardiennage — sont plus que fréquemment occupés par des « sans papiers », payés sous le smic, ne cotisant ni à la sécurité sociale ni à une caisse de retraite, vivant dans la peur quotidienne de l’expulsion et employés par des sociétés fantoches qui sous-traitent à d’autres sociétés fantoches leurs services : lorsque la pression administrative devient un peu trop forte, l’employeur ferme boutique et disparaît, généralement sans payer les derniers salaires, tandis que la société bénéficiaire du service affirme ne rien savoir… La fameuse « France qui se lève tôt » est étrangère, sans papiers, et moins bien traitée que beaucoup d’animaux.
  6. Une employée de la SNCF me disait l’autre jour « je coûte très cher ». Parvenir à convaincre quelqu’un qui est payé un maigre salaire qu’il constitue une dépense et qu’on le rémunère presque par charité, alors qu’il fournit un travail et, bien évidemment, rapporte de l’argent et permet à la société qui l’emploie de fonctionner, voilà qui est assez diabolique.
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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 20:44

 

Venise la céleste

 

 

Octandre sur la musique du même nom d'Edgard Varèse

 

L'espace Riemanien est un espace quelconque pour le comprendre lire cet Entretien avec Pascal Auger  sur ses débuts au cinéma et sur son rapport à la philosophie de Deleuze (avec lequel il élabora le concept d'espace quelconque).

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 15:43

Christian Schallert, Barcelona

 

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 17:39

Dans notre séérie sur les lieux-mouvement et l'architecture au sein des transports parisiens, une intéressante expérience est survenue aujourd'hui. Il s'agissait des lignes ede métros allant de stations en correspondance à stations en correspondances sur les lignes 2 et 6, négligent au passage plus de 3 statioon sur 4. C'est comme si un autre rythme s'imposait, comme si le métro redécvrait sa dimension métropolitaine qui a changé d'échelle depuis 1900...Metro-gonzague-dambricourt.jpg

 

Meilleurs voeux pour 2011 !!!

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 16:35

nouvelle-gare-strasbourg.jpg

 

Je ne peux pas résister à vous montrer les commentaires de cet articles. Surtout ne par faire de l'architecture esthétique...

 

http://blog.bmykey.com/immobilier/la-verriere-de-la-gare-de-strasbourg/2007/231/

 

Sur la vidéo qui suit qui montre l'évolution du chantier depuis trois points de vue, vous pourrez vous dire ceci est-ce la lourdeur allemande que l'on a voulu caché par le trait français ou plus exactement parisien (cf. La Gare de Metz qui comporte aussi sa lourdeur extérieure, sorte de Douaumont ferroviaire). C'est un peau, une lèvre qui est venue la recouvrir. Cela étonne les gens qu'une architecture labiale humecte. Certainement il y a là l'anonymat des façades vitrées : le terme de "générique" revient dans les commentaires.

 

Je crois que le seul défaut de cette courbure est qu'elle prend une inflexsion trop rapide, faisant se refléter "l'horizon" (comprenez les immeuble d'en face), en dessous de ligne sablière et de la ligne de faîtage.

 


Gare de Strasbourg, Time laps video 16 mois 3 capteurs

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 18:19
Le lieu-mouvement n’est pas un labyrinthe. Nous allons voir ici dans quelle mesure un lieu-mouvement n’est pas un labyrinthe. Pour cela nous allons développer entre espace et lieu. On peut distinguer, un espace pré-hodologique d’un espace hodologique. C’est la différence qui existe entre le spatium intensif et l’extensio mesuré et découpé. En somme, le premier est le lieu de l’intensité, le second l’espace stabilisé, mais il reste une faille de laquelle surgit un espace d’opportunité, c’est le Lieu ou espace de l’hodos, qui profite du spatium et dépasse l’extensio. Le voyageur (‘hodoïporos’ en grec), l’errance d’un côté et d’autre (‘hodoïplania’ en grec), errant (‘planios’), égaré (‘plan-odios’) forme tout un champ symbolique, problématique. Une question se pose peut-on errer sans s’égarer ? Le lieu-mouvement n’est pas un labyrinthe. Ceci se confirme avec l’idée qu’il y a trois types de labyrinthe dont un seul est proprement labyrinthique.

1°) l’enchevêtrement « labyrinthique »  (19).  Hubert Damisch  montre que le labyrinthe d’Egypte , le complexe de Houara, diffère du labyrinthe de Crète, palais de Minos à Cnossos, l’un joue de la pernicieuse symétrie mais possède un guide, l’autre n’a pas de guide et même Dédale, son architecte,  n’en a pas le plan. Ces deux labyrinthes se rejoignent en ce qu’ils n’ont qu’une issue (poros). La symétrie est une qualité du labyrinthe en ce que la répétition des motifs légèrement différents étourdit la personne qui y erre. « Les embûches locales [culs-de-sac], les accidents maniérés sont autant de repères, et vont donc à l’encontre du projet ». « Un labyrinthe est une chose faite à dessein pour confondre les hommes … on y rencontrait que couloirs sans issues, hautes fenêtres sans issues » . On peut penser au terrier et à ses chambres terminales, à ses fausses entrées. On aboutit au non-sens, mais c’est en frappant le mur, en s’arrêtant sur un obstacle qu’alors on comprend le labyrinthe, qu’on s’y implique.

2°) l’intrication ou plutôt les séquences intriquées (patchwork)  ¾  Le lieu-mouvement n’est pas « labyrinthique », un labyrinthe du premier type, puisqu’il ne possède pas de culs-de-sac comme les villes ont leurs impasses, les maisons leurs pièces condamnées ou aux murs aveugles. On est loin de la fenêtre obturée du film Nikita de Luc Besson. Comme pour toutes les couloirs souterrains des Etablissement Recevant du Public qui pour des raisons de sécurité ont une issue à chaque extrémité, on entre dans les complexes d’échanges on toujours plusieurs issues.  On pénètre un réseau pour en sortir. Ce n’est pas une destination en soi, on en profite de manière « utilitaire » aurait dit Constant. Alors on s’est expliqué . Toutefois la foule par son effet de nuée peut donner l’effet d’un labyrinthe mouvant.

3°) le ruban de mœbius  ¾.  Espace que l’on parcours, indéfiniment sans au bout du compte s’en rendre compte. « L’idée d’un labyrinthe « pur » voudrait que le dispositif en fût parfaitement homogène et isotrope et que, dans sa complétude, sa circularité, il se refermât parfaitement sur lui-même… » . Il ne pose pas de problème puisqu’on n’a plus envie d’en sortir. On n’y entre ni n’en sort. C’est la ville-monde. L’intrication par excellence. L’Englobant dans lequel on dérive . « Ludique », ainsi on y vit

Hubert Damisch retient trois qualificatifs pour le labyrinthe :
1°) poluplokos  ¾  « même épithète qui qualifiait le poulpe, le serpent, le labyrinthe », c’est le réseau aux  tentacules enlacées, nous dit Damisch.
2°) poikilos  ¾  le labyrinthe est aussi un espace de variétés et de ruse. Ce qui rejoint ce que nous avions vu sur le lieu de valeur et de choix, d’échanges et d’opportunités
3°) polumetos  ¾  on y retrouve le terme mètis, c’est-à-dire qu’à la ruse du labyrinthe il faut répondre. Ceci correspond au « pallaïsme », qui consistait dans l’antiquité à esquiver le coup de son adversaire pour en retourner sa force contre lui. Les sophistes de l’antiquité n’utilisaient-ils pas les arguments de leurs adversaires, de même que les sceptiques utilisaient pour certains la dialectique pour mieux échafauder ses travers.

On passe très facilement d’un type de labyrinthe à un autre. Puisque l’idéal du labyrinthe plus que la symétrie confondante, celle qui diffère d’une variation, c’est à la fois l’homogénéité englobante où il n’y plus de seuil c’est la forêt qui ne possède ni clairière ni allées, et le mur obstacle qui oblige au contour nappe d’un feuillage homogène. En fin de compte c’est la perception qu’on en a qui fait d’un espace un labyrinthe comme le dit Pierre Rosenstiehl, « c’est le voyageur et sa myopie qui fait le labyrinthe, et non l’architecte et ses perspectives » C’est pourquoi « un complexe d’échanges est toujours un labyrinthe en puissance, et parfois en acte » .
Mais le labyrinthe contrairement au lieu-mouvement, est un lieu résidence, prison pour le Minotaure ou « palais » pour l’Houara. En cela on y fait effraction par le poros, dans un but précis intérieur au labyrinthe. Dès lors le parcours est complet  ¾  et non intégral  ¾ dès lors qu’on a atteint son but et que l’on a fait demi-tour vers l’entrée-sortie.  « La règle d’or pour s’extraire du labyrinthe étant de ne jamais parcourir deux fois un même couloir dans le même sens, un cheminement exhaustif (ce qu’on nommera une « battue ») suppo­sera que le visiteur emprunte chaque couloir deux fois exactement, à raison d’une fois dans chaque sens. C’est à une exploration de cette sorte qu’aura été astreint Thésée: seul un parcours saturé lui garantissait de rencontrer le Minotaure pour retrouver ensuite la sortie. ». C’est donc un mythe de croire que l’on en fait un parcours exhaustif même si l’on opère un semblant de battue. Le parcours dans un labyrinthe comme dans un lieu-mouvement est toujours complet en ce qu’il a un début est une fin, tragique ou anodine. Mais le labyrinthe enchevêtré se différencie du lieu mouvement intriqué en ce que l’un ne possède qu’une seule issue et qu’il est parcouru deux fois  ¾  c’est une destination en soi, tandis que l’autre est lieu de passage : il a toujours au moins deux issues et un seul parcours  ¾  même si l’on passe vaguement par les mêmes points, les trajets aller et retour sont parallèles mais distincts.   


En conclusion, l'espace architectural classique ou celui de l'ingénieur est tridimensionnel, c'est-à-dire maîtrisé en son sein, en fait il a pour corrélat des systèmes référentiels d’inertie. Ainsi maîtrisé, un espace tridimensionnel peut être mis en conjonction avec d'autres espaces semblables. L'espace de rencontres ou d'opportunités, quant à lui, est lisse au sens de Deleuze . Il est directionnel et orienté , même s’il possède sa propre dimension propre à un monde sans borne. Ceci est d'autant plus réel que l'on ne sait sur quelles rencontres il ouvre. Ainsi nous retrouvons l'espace hodologique (mesuré) qui vient se superposer sur l'espace pré-hodologique, tel que Véronique Bergen nommera l'espace strié et l'espace lisse. Bergson dira « d'une manière générale, mesuser est une expérience toute humaine, qui implique qu'on superpose réellement ou idéalemnent deux objets [les espaces précédemment cités] l'un à l'autre un certain nombre de fois » . Encore une fois c'est le parcours qui est labyrinthique, non t'espace. C'est la vision peu assurée que l'on a de l'espace qui est labyrinthique et non le lieu en lui-même. On pourrait croire que tout est affaire de totalité, mais en réalité tout est affaire d’intensités, de lieu d’intensités, de blocs d’intensités (les quantums d’énergie). Cette différence entre espace de représentation et lieu d’intensité est celle qui existe entre philosophie de l’Ouvert (à partir de Descartes) et philosophie du Dehors (à partir de Nietzsche-Deleuze).  Il ne s’agit plus de représenter des formes mais d’activer des intensités.

19.    Le Labyrinthe d’Egypte au Nord de Médinet-el Fayoum, fait de 12 cours couvertes et consécutives est décrit par Hérodote, livre ii des Histoires, par Strabon, Géographie, xvii, et par Pline l’Ancien, Histoire naturelle, xxxvi. Le terme labyrinthe est employé pour ce site par Hérodote non pour qualifier un « réseau inextricable de galeries » qu’un parcours erratique, voir DamSN_53 : « L’effet "labyrinthe" procédant moins de l’architecture des lieux que des parcours erra­tiques auxquels celle-ci prêtait jusqu’en sa symétrie même. »
20.    Pierre Rosenstiehl, « Les mots du labyrinthe », in Cartes et Figures de la terre, Paris, Centre Georges-Pompidou, 1981, _186
21.    J.L. Borges, « L’immortel », in Aleph, _23.
22.    L’intrication se distingue de l’enchevêtrement, pour établir cette différence Deleuze prend les exemple du feutre,  et du tissage pour le second.
23.    Comme l’a montré Bergson ce sont deux choses différentes que comprendre et expliquer, l’un participe de la reconnaissance involontaire, l’autre de la reconnaissance attentive. BgMM_187.
24.    DamSN_55
25.    Voir Balzac, Physiologie du Mariage : « La plupart des hommes se promènent à Paris comme ils mangent, comme ils vivent, sans y penser .. Oh ! errer dans Paris ! adorable est délicieuse existence ! Flâner est une une science, c’est la gastronomie de l’œil. Se promener, c’est végéter ; flâner, c’est vivre. » Cité in HazIP_393
26.    ποικιλως : adverbe signifie soit "avec variété", soit "avec ruse" (voir dict. Bailly).
27.    Pierre Rosenstiehl, op. cit., _95.
28.    G. Amar – ratp : ARU71_99.
29.    Dam SN _51.
30.    Sur la complétude de l’expérience, voir Dewey, Art as Experience, 1934, DewAE_38-43.
31.    DzMP_609 : un tel espace lisse, amorphe, se constitue par accumulation de voisinages, et chaque accumulation définit une zone d’indiscernabilité propre au devenir.
32.    Sur dimensionnel et directionnel. Voir DzMP_599.
33.    BgMM_219.
34.    Dewey dans son livre Art as experience (DewAE, 1929) rend bien compte de l’expérience comme étant un bloc avec son commencement, son intensité maximale et sa retombée. Les synonymes au terme « intensité » sont chez Deleuze « singularité » ou déterminant de la différenciation, chez Spinoza « éternité », chez Bergson « nouveauté ». La retombée d’intensité est très significative chez des créateurs comme Einstein ou Deleuze, qui par une volonté d’unification de la science ou de totalisation rétrospective ont abandoné leur quête d’intensité.
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Published by Anthony Le Cazals - dans Lieu-mouvement
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 17:10
Lieu de valeur et de choix, c'est-à-dire d'une part lieu d'échanges et d'autre part lieu de décision et d'opportunité, le complexe d'échanges est un lieu d'intensités au sens où les intensités sont des multiplicités impliquées, des « implexes » qui viennent peupler le « nexus urbain ». On ne peut les dissocier sans changer la nature même de ce lieu-mouvement devenu complexe d'échange urbain. C'est ce que veut montrer la mise au jour de l'équation du complexe x d'échanges x urbain : ces 3 éléments sont réellement distincts mais inséparables; la réponse à l'équation (si l'on peut considérer qu'il en existe une) est une intensité attractive, un implexe ou multiplicités "en fusion". Les éléments qui composent un cœur sont réellement distincts mais inséparables (16) de même que les différents moyens de transport qui se connectent en son sein. C'est pourquoi la dimension du parcours tient une place prépondérante, « la plus spécifique » selon Andreu. « La fonction [du module d'échanges : gare + aérogare] impose des séquences dans l'usage des espaces » (17). L'espace d'intensité devient lieu d'opportunité en ce qu'il revient à chacun d'y tracer sa route, son chemin ('hodos' en grec) (18).


S’inventer un peuple : le peuple souterrain
Dans l’espace souterrain qui se creuse, se distribuent des intensités joies, rencontres, activités, productions qui finissent au bout du compte par former un peuple un peu comme les Fraggle Rock, de là on peut dire que le peuple souterrain se compose de :
-    producteurs d’espaces : ingénieurs, architectes, tunneliers (autrefois c’était la corporations des carriers ou perreyeux, c’est-à-dire des tailleurs de pierre de la vallée de la Loire,   
-    distributeurs d’espaces : la SNCF, les commerçants. Ils exploitent l’espace et les potentialités qu’il lui fixe. Ils participent à l’animation de ce même espace. A ceux-ci se subordonne les homme de soin, ce qui entretiennent l’espace (directeur d’exploitation et balayeurs, chef de station et guichetiers, vendeurs, agent d’affichage...
-    consommateurs d’espaces : les usagers, les visiteurs de tous poils. Les lieux- mouvement ont eux-mêmes une répartitions de ces occupants : d’un côté les usagers qui accompagnent le mouvement, use de lieu jugés parasite (preneurs de photo ou clochards, mendiants).

On pourrait classer ces 3 groupes sous d’autres noms :
-    les nomades : les producteurs d’espaces, creuse la surface. Il vont là où l’on a besoin d’eux. Leur seul mouvement est la spirale, ce n’est pas la spirale de la vis de forage mais la spirale du mouvement aberrant qu’ils font dans leur tête, dans leur délire (ingénieurs, architectes…),
-    les sédentaires : les distributeurs d’espaces sont ceux qui répartissent l’espace et l’affectent de nouvelle potentialités,
-    les migrants : les consommateurs d’espaces sont quant à eux ceux qui affectionne plus ou moins l’espace, ils en éprouvent les possibilités, et parfois les multiplient.

De manière générale ces trois entités font partie intégrante de l’intensité propre à un lieu, sont à l’origne de son animation. Nous sortons par cette appréhension de la réalité, d’une vision centrée sur l’homme, qui demeure purement utilitaire. Derrière cette forme d’humanisme se cache toute un individualisme contre lequel va la notion même de complexe d’échange urbain. En définitive, un lieu-mouvement admet plus de libertés qu’on ne le croit, il y a en lui, par la performance qu’il génère, une certaine potentialité de libération. C’est un ce sens qu’on ne peut réduire le questionnement sur les complexes d’échanges urbain.



(16). Distinction réelle et inséparabilité se retrouve dans la philosophie de Leibniz sous les termes d’Harmonie et  d’Union. Voir DzPL_144, BergenOD_598.

(17). Paul Andreu – architecte :  AndreuAME 42.

 (18). C'est en ce sens que Véronique Bergen parle d'un espace pré-hodologique du cs0 (la spatium, voir *_581 et Mémofre2, où se génèrent des dynamismes sujets à des ralentissements et à des précipitations, et donc à des rythmes, ces dynamismes sont dynamismes spatio­temporels intensifs an ce qu'il dépasse l'espace hodologique ou métrique ou extensif ; en ce qu'ils dépasse le temps homogène, le chronos rectiligne, pulsé, orienté. Ces « dynamismes constituent des temps d'actualisation ou de différenciation, non moins qu'ils tracent des espaces d'actualisation » (DzPL-280). Mais ils sont aussi « catastrophe »,         selon       le terme de Deleuze, dans une conscience. Ils participent des 3 série d'hétérogènes à savoir l'espace, le temps et les intensités (blocs d’espaces-temps).

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 16:40
Créons une philotopia, un nouvel art du lieu

Les buts que l’on peut se fixer sont de renforcer l’esprit de dérive par le jeu de circulation entre les différents lieux et ainsi de créer un « urban nexus » (9), un espace de disjonction des flux, des activités et des potentialités. Poursuivons en nous intéressant à deux architectes bien différents que sont Renzo Piano et Rem Koolhaas, puis réembrayons sur les situationnistes. Il s’agit de faire émerger au travers d’émotions un sens pour l’architecture et les lieux. Renzo Piano pense que « les lieux influent sur toutes les perceptions [percepts], toutes les émotions [affects], toutes les activités humaines [processus] » (10) . Le lieu serait pour une des conditions nécessaire à la création. Ceci explique son intérêt pour la manière dont on se « fait » un lieu de création. Mais ce lieu de création demeure varié pour Piano : c’est en ce qui le concerne Punta Nave aussi bien que son bureau dans le marais. Il faut que ce soit un lieu possible de recueillement où peuvent « décanter ses idées » (11). Faire décanter ses idées, c'est aussi travailler en équipe pour Piano, à la manière de la vie collégiale de F. L . Wright. Le lieu devient un atelier peuplé d'icône, d'une énergie, d'un savoir-faire et d'idées. Plus qu'une mémoire un lieu renferme une technique, une pratique, un processus. Un lieu au travers d'une technique nous offre des liens nouveaux avec le monde : on peut donner un exemple avec les bureaux d'associations qui au travers des personnes impliquées qui l'anime, vous donne une information pertinente et vous oriente dans votre demande. Un lieu est d'autant plus animé que ses parois vous renvoient au travers d'affiches des informations pertinentes et opportunes. Le lieu c'est en quelque sorte le degré zéro du service, qui sans local n'est pas possible.

« L'architecte lance quelque chose de nouveau, mais le destin lui échappe ; pour affirmer ses valeurs et son éthique il doit donc choisir un point de départ solide » (12). C'est là que le lieu de création intervient pour Renzo Piano. L'une des valeurs que Piano veut diffuser c'est l'immatérialité de l'espace (13). L'espace pour lui est un microcosme, un paysage interne, la prémisse du leu en quelque sorte. Concevoir un espace (un lieu en fait) qui n'existerait que s'il est délimité de manière précise voire solide est inquiétant pour Piano. Ainsi espace abstrait et lieu animé ne s'oppose pas dans leur conception mais s'influencent mutuellement. Dans l'idée d'un lieu de création, nous rejoignons, la dérive propre aux situationnistes puisque on peut la comprendre « comme un processus de production d'un espace virtuel (le lieu), renversant l'ordre physique apparent en faveur d'une spatialité différente, comme il est représenté si clairement sur la carte psycho-géographique de Debord et Jorn » (14). « Nous jouerons sur une topophobia et créerons une topophilia » disait déjà Guy Debord à son camarade Alberts dans une discussion de Février 1960. Pour les situationnistes, plus qu'un ensemble de communautés établies, une société mouvante favorise des rencontres et des contacts imprévus. Comme le dit Constant la possibilité de créer une infinie variété d'ambiances et d'espaces-affects facilite la dérive de ses habitants et ainsi que la fréquence de leur rencontres heureuses (15) .

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(9) « Our domain, then, is the urban nexus, natural expression of a collective creativity, capable of subsuming the creative energies that are liberated with the decline of a culture based on individualism. » Constant, Another City for Another Life, 1959 cité in Wigley, New Babylon, an hyperchitecture of desire (WigNB_115a).
(10) Renzo Piano – architecte : Carnet de travail, RenCT_16.
(11) Renzo Piano : RenCT_17.
(12) Renzo Piano : RenCT_258.
(13) Renzo Piano : RenCT_251-252.
(14) Constant – artiste : WigNB_65a.
(15) Cf. Constant, Another City for Another Life, 1959 in WigNB_115c. Cf. aussi WigNB_162a.
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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 16:44
« Je veux stimuler l’imagination de ce qui auront à préparer la construction de notre monde future »
Constant, Conférence à l’association d’étudiants de l’Académie royale de Copenhague, 12 mars 1964.

Je ne reviendrai pas ici sur les deux conceptions métaphysique et physique que sont les lieux naturels des corps graves pour Aristote (Topoi) et les champs dynamiques pour Maxwell, celles-ci reflètant deux points de vue différents sur un même problème physique, Maxwell dépassant le sérieux et la gravité d'Aristote, par l'interaction des corps au travers du magnétisme. Restons en donc à un cadavre-exquis d'architexture. Il y a toujours eu deux conceptions du lieu alors il serait dommage d'obscursir la deuxième par les travers identaire et réactionnaire de la première.

Deux conceptions du lieu : lieu-mémoire et lieu-mouvement.
Sigfried Giedon, théoricien et historien de l’architecture moderne, donne à l’art « le but de réduire la "fracture entre pensée et sentiment" issue du cogito de Descartes » (1). De là, on peut définir plus précisément l’architecture comme un art du lieu (Renzo Piano), de l’espace-affect (Rem Koolhaas) ou encore un art des ambiances (Constant). Mais déjà nous devons signaler qu’il existe deux conceptions très différentes du lieu. Cette différence entre ces deux conceptions du lieu est la même qui existe entre une philosophie transcendantale qui repose sur la coupure entre intérieur et extérieur (le Moi et le Monde) et une pensée plus émergente qui repose sur la fêlure entre le Dedans et le Dehors (le différence le virtuel et l’actuel) ou mieux encore sur la brèche qui existe entre l'impasse de la mémoire et l'opportunité de la rencontre (excès du dynamique sur le pathétique).

La première de ces conceptions accompagne le concept de lieu-mémoire et la seconde intensifie le concept de lieu-mouvement. La première conception, propre à Husserl et Heidegger pose comme déterminant l’identité qu’est le genius loci (2) : le lieu nous est donc connu a priori. De cette identité essentielle du lieu découle la relation intérieur-extérieur (3) . Dans cette conception, le lieu possède cinq modalités (...) et trois aspects de sa structure identitaire (Mémoire, orientation, identification) : « la mémoire joue un rôle essentiel dans l’utilisation pleine et entière du lieu » (4) . Cette conception du lieu implique aussi qu’il soit donné a priori (5). Ainsi conçu le lieu est retrait ou isolement (6) et non relais (7) ou passage comme nous allons le voir pour le lieu-mouvement.
Tout en reprenant la thématique de l’architecture comme art du lieu à Norberg-Sculz, élève de S. Giedion, nous lui donnons un autre sens en n’insistant non sur la « perte du lieu » comme Heidegger, mais sur l’affirmation d’un espace intensif. Comme Norberg-Schulz nous pensons que c’est à travers un art du lieu, l’architecture par conséquent, qu’un bâtiment acquiert un sens, mais ce sens trouve sa source nullement dans la mémoire mais dans l’élan vital et créateur. En effet pour réduire la fracture entre pensée et sentiment il ne s’agit pas de revenir aux origines mais de libérer des intensités, de les rendre plus intenses tout en affirmant des lieux. L’architecture est bien l’art qui crée des lieux ou espaces-affects dans le double registre de la pensée et du sentiment. Pensons à la phrase de Deleuze : l’agencement du Désir qui distribue ses intensités « est tout cela : nécessairement un Lieu, nécessairement un Plan, nécessairement un Collectif » (8 ).

__________________
(1) Christian Nordert-Schulz – théoricien de l’architecture -, L'Art du lieu (1994), Paris, Le moniteur, 1997, p. 16 ; noté NsAL_16.
(2) NsAL_55 .
(3) NsAL_43.
(4) NsAL_47. La mémoire en tant que connaissance ou reconnaissance est le présupposé à l’orientation mais aussi le présupposé à l‘identification d’un lieu. Mais on aborde là que la dimension prétendument immuable du lieu.
(5) NsAL_55 : « le fait que la vie « ait lieu » implique que le lieu soit donné a priori ».
(6) NsAL_44.
(7) Petite parenthèse au japon le terme gare « eki », exemple-type de lieu-mouvement, signifie aussi relais, cf. Anales de la Recherche Urbanie n°71. Parlant de la gare d’Osaka, un architecte dit ainsi que l’espace public y est défini « par une scénographie du lieu plus qu’à travers une forme architecturale construite » in Isaac Joseph, La ville sans qualité, 1998, p. 122.
(8 ) Deleuze et Guattari, Mille-Plateaux, éd. de Minuit, p. 200, noté DzMP. L’agencement du Désir qu’est le CsO a besoin d’un Lieu, un spatium intensif pour distribuer ses intensités, DzMP_189.
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 16:08
Sur les lieux dynamiques
J'aimerai démarrer une discussion à propos des lieuxdans les jours qui viennent, plus précisément sur le "avoir lieu" des nouvelle intensités, des intensités qui jusque là sont restées inaperçues. Le terme de lieu peut paraître aux yeux de certains aristotélicien. Aussi je précise qu'il n'en est rien. Dois-je préciser qu'entre temps il y a eu Maxwell qui en 1865 nous a sorti de la gravité et du sérieux d'Aristote avec sa théorie des champs (qui n'étaient plus clos mais dynamiques). J'oserai dire que comme en tout il y a du pathétique et du dynamique, ce qui en philosophie se traduit par de la conscience de soi et de l'oubli de soi. Ce sont les deux processus de subjectivation et de dépersonnalisation, quoique de plus en plus, je vois que ce n'est pas exactement ça mais dans les années 70, le pathétique et le dynamique se sont manifestés sous la forme de ces processus. Il y a donc des lieux pathétiques avec leur génie et des lieux dynamiques, chacun ayant ses affects (ces images ou devenirs propres).

Le pathétique et le dynamique
Le pathétique comme le dit Kierkegaard est ce qui ressort d'un choix de conscience d'un "ou bien ... ou bien ..." (voir à ce titre "Ou bien ... ou bien"). le Dynamique se rapproche de la philosophie du neutre de Blanchot (du "ni ceci ni cela"), qui n'est qu'une reprise du "ni ... ni ..." stoïcien, lui-même issu d'Héraclite quand il disait que "la nuit et le jour c'est la même chose...", et que ce qui entre en conflit est avant tout la marque d'une affinité plus large entre les deux (pensons aux gendarmes et aux brigands, pensons au film de Scorcese les infiltrés). De manière plus pragmatique et économique, ceux qui entrent en conflit ne seront pas les véritables vainqueurs, c'est toujours un tiers qui en sort gagnant, car les "belligérants" épuisent leur forces et sortent amoindris du conflit. Boston, puis New York sont devenus les centre du capitalisme un fois que l'or s'est échappé d'Europe, chaque fois que l'Allemagne et la France et le Royaume-Uni sont entrés en guerre. Même chose pour le premier empire d'occident, Alexandre mis fin à l'hellénisme (fin que déplora Aristote sur son lit de mort, lui qui avait enseigner à Alexandre) en fusionnant l'Empire perse et les cités grecques qui y résistaient.
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